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Lotissements Bardet : Lotissements des Sports, Est, Ouest (Le Rheu)

Dossier IA35132556 réalisé en 2017

Fiche

Á rapprocher de

Les lotissements Bardet de la commune du Rheu représentent un cas d’étude intéressant à plusieurs titres. Datant de la deuxième moitié du 20e siècle, l’ensemble de ces résidences pavillonnaires constituent une des seules applications des théories de Gaston Bardet, théoricien de l’urbanisme.

Proche des théories naturalistes plutôt que rationalistes, Gaston Bardet réalise ici un projet ambitieux qui s'inspire des principes de la cité jardin, fondée sur des critères sociaux et paysagers. Au Rheu, il met en œuvre un urbanisme social et humain. Son projet présente un intérêt historique et urbanistique en raison des retombées sur la politique urbaine de la commune et des communes avoisinantes. Au-delà du bassin rennais, l’ensemble de ces projets présente un intérêt exceptionnel en raison de l’application des préceptes de la cité jardin en milieu rural. A ce tire, les lotissements de l’Est, des Oiseaux et des Sports réalisés par Gaston Bardet au Rheu sont cités comme exemplaires du genre par les historiens de l'urbanisme au niveau international.

Aires d'études Rennes Métropole
Dénominations lotissement
Adresse Commune : Rheu (Le)

A l’aube des années 1950, Le Rheu est un village de 900 habitants, composé d’une église avec quelques maisons agglomérées. Ce village ne comprend que des habitations anciennes et il faut attendre le début des années 1950 pour que s’amorce un développement réel. En 1953, l'élection d’un nouveau pouvoir municipal amorce un tournant pour l’histoire de la commune : le maire, le Comte Hyppolyte du Boisbaudry est « sorti » par un jeune concurrent, boulanger de son état, Jean Châtel.

Cette année-là marque aussi une date décisive pour la ville de Rennes : l’arrivée à la tête de la municipalité d’Henri Fréville qui veut faire de « sa » ville une véritable capitale régionale. Ses projets dynamiques et d’envergures entraînent un développement exceptionnel de la ville rennaise et par conséquent, celle de son agglomération. A cette période, l’installation de l’usine automobile Citroën sur le site de la Janais occasionne une transformation accélérée de la ville de Rennes et du bassin rennais. La métropole est obligée d’accompagner financièrement cette modernisation, notamment par la construction de logements destinés à accueillir les ouvriers. L’effet de l'accroissement urbain va alors commencer à se manifester et le destin de Le Rheu va prendre le sillage de la grande ville voisine : Rennes.

Dès son élection, le maire de Le Rheu, Jean Châtel décide d’amorcer le développement de sa commune. Il prend des initiatives permettant d’établir la création d'entreprises, d'emplois et de ressources sur le territoire communal. Parallèlement à sa croissance économique, la commune engage un processus de développement urbain. L’amorce de cette évolution engendre rapidement un phénomène d’attractivité autour de Le Rheu et un essor démographique allié à une extension urbaine.

En 1955, l’urbanisation est amorcée avec un premier lotissement aménagé en bordure de l’ancienne route de Lorient aux Landes d’Apigné. La construction de ces logements collectifs répond à l'afflux de population, ils sont occupés principalement par des ouvriers de Citroën. De conception médiocre, isolé du bourg, chaque lotissement compte une centaine de maisons. Leur construction marque, historiquement, le début du phénomène péri-urbain dans l’agglomération de Rennes. Cela introduit, pour la première fois, une alternative aux processus officiels des grands ensembles de l’époque et marque le début de l’urbanisation pavillonnaire avec accession à la propriété. C’est le point de départ d’une prise de conscience sur la nécessité d’asseoir une véritable politique d’urbanisation.

En 1957, face à ce constat d’échec, le maire Jean Châtel fait appel à Gaston Bardet, urbaniste de renom, pour organiser le développement de la ville autour du bourg. C’est la naissance d’une collaboration de 10 ans. Gaston Bardet propose un développement original où il met en pratique ses théories sur l’urbanisme. La recherche d’une certaine qualité, tant humaine que paysagère, architecturale et urbanistique fut une des préoccupations majeures de la municipalité. Comme dans la plupart des communes péri-urbaines, l’urbanisation s’est réalisée principalement sous forme de lotissements. Pourtant, ce s’est souvent banalisé dans certaines villes, a pris au Rheu une forme particulière, du fait de l’intervention de Gaston Bardet. Ce dernier met en place un schéma de développement directement influencé par le concept de la cité jardin.

Les cités jardins sont nées à la fin du 19e siècle pour répondre aux différents problèmes sociaux des villes industrielles. C’est un certain Raymond Unwin qui réalise les premiers exemples près de Londres au début du 20e siècle. Néanmoins, c’est Ebenezer Howard qui théorise cette conception en 1898 dans son ouvrage “Tomorow: a peacful path to real reform”. Ce nouveau concept a pour objectif de créer un nouveau type de municipalité planifiée en alliant les avantages de la ville et de la campagne.

Dans cette perspective, Gaston Bardet met en place un urbanisme social avec des objectifs multiples. Avant toute chose, il veut apporter des solutions aux différents problèmes d’urbanisme qu’il identifie: circulation, hygiène et confort, sociaux et économique, esthétiques, intellectuels et spirituels. Il veut également maîtriser le développement urbain en stoppant l’urbanisation croissante autour de l’axe routier principal traversant la commune et re-concentrer son extension autour de son bourg. Ses autres objectifs sont de favoriser et concilier le lien social avec l’aménagement intelligent des axes de circulation et les espaces verts. Il veut également faire cohabiter les différentes catégories sociales autour d’équipements collectifs et d’espaces publics. Gaston Bardet place les liens sociaux au centre de l’organisation des lotissements.

Période(s) Principale : 2e moitié 20e siècle

1- Organisation des lotissements : l’homme au centre des préoccupations

Gaston Bardet met en place un schéma de développement déterminé par plusieurs principes : un développement radio-concentrique, la mise en place d’échelons, une hiérarchisation des voies de circulation, la présence d’espaces publics, d’équipements sportifs et de verdure. Il organise son schéma de développement en cinq projets d’urbanisation mais il ne construit que trois lotissements sur les cinq prévus : le lotissement de l’Ouest en 1959, le lotissement des Oiseaux en 1964 et le lotissement des Sports en 1966. L’ensemble forme un total de 298 bâtiments.

Ainsi, les lotissements sont implantés selon un schéma radio-concentrique autour d’un noyau central, le bourg. Ces ensembles se développent sur trois échelons et présentent un tracé de voirie hiérarchisé. Gaston Bardet développe la théorie des “échelons communautaires” qu’il avait élaboré en 1943. Trois échelons composent une communauté organique : patriarcal, domestique, paroissial. L’échelon patriarcal est associé à la société familiale où les voisins se côtoient. L’échelon domestique résume la société économique, c’est le commerce quotidien. Enfin, l’échelon paroissial est la communauté politique et spirituelle. Les axes de circulation doivent permettre la fluidité et la création de liens entre les différents espaces de vie, entre les échelons.

Les axes majeurs sont les voies rayonnantes qui “vivifient” les lotissements. Les voies circulaires sont les axes secondaires qui permettent de desservir l’intérieur des lotissements. Enfin, les chemins piétonniers traversent les îlots bâtis pour faciliter les déplacements quotidiens.

Pour Gaston Bardet, la "villette" est une alternative à la ville. La part des espaces publics et de la végétation est très importante dans ces lotissements. L’insertion dans le paysage se traduit par un respect des arbres et des aires bocagères soigneusement préservées et intégrées aux chemins et espaces publics. Il tente, dans la mesure du possible, d’offrir à chaque logement une façade donnant sur un espace ouvert : jardin public, espace de sports et de jeux ou placette. Pour Bardet, les espaces libres sont une nécessité. Les espaces publics ont pour objectif de créer du lien social tout en apportant la sécurité et le calme résidentiel. Dans cette optique, l’urbaniste intègre plusieurs placettes au sein de ces lotissements. Celles-ci abritent un square entouré de trois alignements de maisons formant un “U”. Afin de créer du lien social et d’améliorer la qualité de vie, il intègre aussi un certain nombre d’équipements sportifs regroupés dans le lotissement des Sports (un terrain de foot, de basket, deux terrains de tennis, une piste de course et une table de ping-pong).

2 - Les typologies: le reflet d’une mixité sociale

Faire coexister différentes couches sociales est un objectif pour l’urbaniste. Ainsi, des logements économiques destinés à une population ouvrière côtoient des maisons plus spacieuses, implantées aux angles des îlots et destinées à des cadres, des directeurs d’industries. La majorité des maisons ouvrières sont jumelées ou triplées, implantées en alignement sur la voie ou à une distance de 3m. Les habitations cossues sont soit isolées et situées au centre de la parcelle, soit jumelées à une maison ouvrière.

Les constructions présentent une certaine homogénéité. La totalité des maisons sont élevées en parpaings de ciment recouverts d’un enduit de couleur claire. Le soubassement en schiste maçonné, caractéristique du bassin rennais, est réemployé pour les maisons ouvrières. Les charpentes sont en bois. La toiture est composée d’un toit mansardé avec une ou plusieurs lucarnes et recouverte d’ardoises. Ces constructions possèdent un garage juxtaposé à l’habitation. Les maisons sont toujours délimitées par une clôture en béton de ciment peinte en blanc avec une haie et un jardin.

Néanmoins, Bardet cherche à distinguer chaque maison afin d’éviter la monotonie et permettre à chaque habitant d’identifier les lieux. Pour y parvenir, il accorde un soin particulier à la composition, aux détails et aux décors allant jusqu’à élaborer lui-même les panneaux des rues à base de céramique. La pluralité des identités s’exprime par la composition et la distribution des maisons. Plusieurs plans ont été recensés : certaines habitations possèdent un sous-sol, un rez-de-chaussée et un étage de combles ; d’autres se composent d’un rez-de-chaussée surmonté d’un étage carré et d’un niveau de combles ; enfin, quelques maisons présentent un rez-de-chaussée avec un étage mansardé. Pour les habitations disposant d’un sous-sol, l’accès principal se fait par un escalier, desservant le rez-de-chaussée, situé sur la façade principale ou sur le pignon. L’accès des habitations de plain-pied s’effectue majoritairement par la façade sur rue, par le mur pignon ou dans une moindre proportion, par la façade arrière. Dans les deux cas, certaines maisons présentent des halls d’entrée sur rue. Les jardins sont situés à l’avant ou à l’arrière des propriétés. Afin de singulariser les habitations, Gaston Bardet accorde aussi un soin particulier à l’emploi des matériaux et aux détails architecturaux. Ainsi, les proportions et les formes d’ouvertures diffèrent tout autant que les lucarnes. L’ensemble s’accompagne de volets colorés dont la couleur est identique pour une maison jumelée. Par ailleurs, l’urbaniste emploie divers matériaux afin de donner une identité singulière aux façades sur rue : granite, grès, schiste, brique, mosaïque. Ces matériaux sont utilisés pour les chaînages d’angles, les encadrements de fenêtres mais également les halls d’entrée.

Toits ardoise
Murs béton parpaing de béton enduit
schiste
Décompte des œuvres étudiées 3