• enquête thématique départementale, Inventaire des églises et chapelles d'Ille-et-Vilaine
  • enquête thématique régionale, Inventaire des lieux et objets de pardon et de pèlerinage en Bretagne
Eglise paroissiale Notre-Dame-du-Roc, ancien prieuré de Bénédictins (Montautour)
Œuvre étudiée
Copyright

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Ille-et-Vilaine - Vitré Est
  • Commune Montautour
  • Adresse rue de la mairie
  • Cadastre 1823 A1 23  ; 1969 A 36
  • Dénominations
    prieuré, église paroissiale
  • Genre
    de bénédictins
  • Vocables
    Notre-Dame-du-Roc
  • Parties constituantes non étudiées
    enclos, cimetière, croix monumentale

Le pèlerinage de Notre-Dame du Roc

Une origine très ancienne

Notre-Dame du Roc est souvent citée comme "l'un des plus antiques pèlerinages" de la région, dont le rayonnement s'étend à l'Anjou et au Maine.

La tradition rapporte qu'il prend naissance autour d'une statue de la Vierge érigée sur un rocher, foulant aux pieds un serpent et élevant dans ses bras une crèche avec l'Enfant Jésus.

Une charte latine présente dans le cartulaire de Redon nous donne les repères suivants : autour de 1040, un certain Raoul ou Radulfe, curé de Montautour, fait don de tout le territoire dépendant de son église à l'abbaye Saint-Sauveur de Redon, sur les conseils de l'évêque de Rennes, Main (v. 1040-1076). Vers 1047 ou 1049, le pape Damase II accorde le même privilège à l'église Notre-Dame-du-Roc qu'à l'abbaye de Redon, celui de pouvoir se substituer au pèlerinage à Rome pour celles et ceux qui iraient la visiter trois fois dans la même année, à condition de résider entre la Loire et la Manche. On peut situer ici l'origine du pèlerinage.

Dès lors en effet, l'église attire de nombreux et distingués pèlerins et connaît à l'époque médiéval un véritable âge d'or. Selon les Chroniques de Vitré de Pierre Le Baud, en 1182, la duchesse de Bretagne, Constance, fille de Conan IV, épouse dans l'église Notre-Dame de Montautour, Geoffroy Plantagenêt, comte du Maine et d'Anjou, fils du roi d'Angleterre Henri II, proclamé ensuite duc de Bretagne.

On raconte que Louis XI et Louis XIII sont venus en pèlerinage à Montautour, ce qui n'est étayé par aucune source. On sait pour ce qui concerne Louis XI qu'il a entrepris un pèlerinage à l'abbaye de Redon, à l'occasion duquel il a rencontré le duc de Bretagne et fait don de 600 écus d'or aux religieux. A-t-il alors fait un détour par Montautour?

A la fin du 15e siècle, Sixte IV institue la fête de la Visitation comme fête patronale de Notre-Dame du Roc.

Au 16e siècle, des Huguenots commandés par la comtesse de Laval, Anne de la Trémouille seraient venus détruire le sanctuaire et briser la statue de Notre-Dame du Roc qui est néanmoins préservée jusqu'à la Révolution.

Deux récits concernant la vie de cette statue par la suite cohabitent. Elle aurait été cachée dans un cimetière durant la Révolution, puis brisée par un fossoyeur pensant avoir affaire à un rocher. Les morceaux auraient ensuite été conservés chez différents habitants puis récupérés bien plus tard et assemblés par l'abbé Faverais, recteur de Montautour à partir de 1935. Un autre récit rapporte qu'elle aurait été enterrée avec l'aide du maire par le recteur Bouyer (1835-1866) qui la jugeait trop disgracieuse, puis exhumée par son successeur le recteur Charpentier, sous la forme de fragments.

Nouvelle impulsion à l'époque contemporaine

Après la Révolution, le culte n'est plus pratiqué pendant 15 ans. M. Rollandin, recteur de Montautour de 1810 à 1835, s'efforce de relancer le pèlerinage tout en mettant fin à ce qu'il dénonce comme des débordements profanes (danses, blasphèmes et abus en tous genres), s'inscrivant ainsi dans le schéma classique de reprise en main de manifestations de dévotion populaire par le clergé.

Les 19e et 20e siècles sont marqués par une série d'impulsions qui redynamisent, développent ou réactivent le pèlerinage. Celui-ci continue d'être célébré jusqu'en 1969 lors de la fête patronale, c'est-à-dire le dimanche qui précède ou qui suit le 2 juillet, jour de la Visitation de la Vierge.

Au milieu du 19e siècle, l'église bénéficie des largesses du comte et de la comtesse de Courte, Jean-Baptiste-Marie et Elisabeth-Christine-Anne, marquise de Riario-Sforza. En 1858, ils offrent en ex-voto la statue de l'Immaculée Conception au sommet de la tour.

Par l'intermédiaire du cardinal Riario-Sforza, cousin de la comtesse de Courte, un privilège perpétuel est accordé le 8 avril 1865 par le pape Pie IX à l'autel de la Vierge Marie. Il est transféré au maître-autel une fois l'église reconstruite, sur autorisation du pape Léon XIII, le 15 mars 1884, ce qui permet d'y transporter la statue.

En 1879, un nouveau calvaire est élevé à l'est de l'église sur un rocher dominant "l'esplanade de la Lande" ou "l'esplanade des pèlerinages", appelé ainsi car il est aménagé ensuite pour les cérémonies de pèlerinage. Cet espace correspond à ce que la tradition désignait sous l'expression " Jardin de la bonne Vierge " où l'on voyait encore au 19e siècle quelques vestiges d’un vieil oratoire entouré d’arbres.

Les pèlerinages des années 1873 et 1907 sont cités par la presse locale comme les plus importants. En 1873, le livre de paroisse de Notre-Dame-du-Roc mentionne plus de 10 000 participants venus depuis Saint-Martin de Vitré et les paroisses environnantes. Ce succès est dû à la reconnaissance du pèlerinage par le pape, mais également à la reconstruction de l'église dont le gros-oeuvre est achevé en 1872 et l'aménagement intérieur en 1883. La première pierre aurait été offerte par Pie IX, une agate tirée des fondations de Saint-Laurent-Hors-les-Murs, invisible car incrustée dans une autre pierre sous le niveau du sol.

Au début du 20e siècle, la dimension festive du pèlerinage se manifeste plus ouvertement. En 1913 par exemple, le bourg est entièrement décoré par des guirlandes et des oriflammes. Un feu d'artifice et des illuminations sont déployés en soirée et des sociétés savantes sont invitées. Chaque année, une autre statue de Notre-Dame du Roc, datée de la seconde moitié du 19e siècle, est processionnée le jour de la Visitation, à la place de la statue plus ancienne brisée suite à la Révolution.

Selon un article paru dans Ouest-Eclair le 10 juillet 1936, le pèlerinage est interrompu de 1913 à 1935. Ce n'est qu'en 1936 à l'initiative de l'abbé Faverais, arrivé à Montautour l'année précédente, qu'il est relancé. C'est d'ailleurs à son initiative que la statue historique de Notre-Dame-du-Roc est reconstituée en 1937. C'est cette statue qui est représentée sur la bannière offerte en reconnaissance de la protection de Notre-Dame-du-Roc lors des bombardements de 1944. Plusieurs années après, en 1953, la statue de 1937 est couronnée officiellement par le cardinal Roques, événement illustré sur la verrière de la baie 9 de l'église. Des articles de journaux mentionnent, vers le milieu du 20e siècle, la grotte munie d'un autel, en contrebas de l'église, devant laquelle une messe se déroulait. Il n'y a aujourd'hui plus de messe à cet endroit, bien que celle-ci continue d'être entretenue. Accessible par "l’avenue aux Moines", l'aménagement de cet espace pittoresque a nécessité environ 200 journées de travail.

À son arrivée en 1964 à Montautour, le père Raymond Brand s'attache également à maintenir et renforcer le culte de Notre-Dame-du-Roc, cherchant à en faire un "vrai pèlerinage", qu'il renomme d'ailleurs "pardon". En 1965 et 1966, celui-ci se déroule sur trois jours, du vendredi au dimanche toujours aux alentours du jour de la Visitation. Plusieurs processions ont lieu sur l'esplanade, dans le bourg, puis la statue est placée dans les rochers. Un relais du pèlerin est ouvert près du presbytère pour accueillir les pèlerins venant de plus loin ; la vente d'objets de piété, de fanions et d'écussons y était proposée.

Après la mort du père Brand en 1998, l'église est fermée, initialement en raison des travaux de restauration importants de la nef et des combles, qui ont eu lieu au début des années 2000. Elle est ensuite réouverte grâce à l'implication des paroissiens. Au début du 21e siècle, la statue historique de Notre-Dame-du-Roc est de nouveau portée en procession dans l'optique de relancer le pèlerinage tel qu'il existait au 20e siècle. Il se déroule désormais le 15 août, jour de l'Assomption de la Vierge.

(Boisson Enora, Garance Girard, Inventaire des lieux et objets de pardon et de pèlerinage, 2024)

La première église est donnée en 1040 à l'abbaye Saint-Sauveur de Redon qui l'unit peu de temps après au prieuré de Châteaubourg. Elle se composait d'une nef séparée du choeur par un arc triomphal et accostée d'une chapelle au sud, appartenant probablement aux seigneurs de la Rivière Rabault. En 1836, ajout d'une chapelle au nord. En 1858, construction de la tour. Démolition et reconstruction totale de cette église, sauf la tour, entre 1868 et 1876 sur les plans d'Albert Béziers-Lafosse, architecte à Rennes. Consécration de la nouvelle église en 1883 par Charles-Philippe Place (1878-1893), archevêque de Rennes, Dol et Saint-Malo.

(Barbedor Isabelle, Orain Véronique, Menant Marie-Dominique, Ducouret Jean-Pierre. Inventaire des églises et chapelles d'Ille-et-Vilaine, 1983, 1994)

Plan en croix latine, voûte d'ogives, clocher-porche, chevet plat.

  • Murs
    • schiste
    • quartzite
    • granite
    • appareil mixte
    • moellon
  • Toits
    ardoise
  • Plans
    plan en croix latine
  • Étages
    1 vaisseau
  • Couvrements
    • voûte d'ogives
  • Couvertures
    • toit à longs pans
    • noue
    • pignon découvert
  • Techniques
    • sculpture
  • Représentations
    • Vierge
  • Précision représentations

    Support : sommet du clocher.

  • Statut de la propriété
    propriété publique

Documents d'archives

  • Livre de paroisse, 1835 - 1929, ADIV 5V 190/1

    Archives départementales d'Ille-et-Vilaine : 5V 190/1

Bibliographie

  • GUILLOTIN DE CORSON, Amédée, Pouillé historique de l'archevêché de Rennes, Rennes : Fougeray, 1880 - 1886, vol II, p. 208-211

    Bibliothèque des Champs Libres (Rennes) : 346829/2
  • JEGO, Jean-Baptiste, Le pèlerinage de Notre-Dame du Roc de Montautour, Rennes, Riou-Rezé, 1949, 16p.

    Bibliothèque des Champs Libres (Rennes) : DL 30316

Périodiques

  • De la Borderie, Arthur, "Les pèlerinages du diocèse de Rennes. Notre-Dame de Montautour", Semaine religieuse du diocèse de Rennes, 1ère année, 1864-1865, p.316-317, p. 352-327.  

    Bibliothèque des Champs Libres (Rennes) : 69085
  • P. C., « Notre-Dame-du-Roc, à Montautour », Semaine religieuse du diocèse de Rennes, 1879-1880, pp. 597-599

    Bibliothèque des Champs Libres (Rennes) : Cote non relevée
  • "Le pèlerinage de Notre-Dame du Roc à Montautour", L'Ouest-Eclair, 10 juillet 1936, p.9

    Bibliothèque des Champs Libres (Rennes) : 9532
  • "Le pèlerinage de Notre-Dame du Roc à Montautour près de Vitré", Le Nouvelliste, 9 juin 1939

    Archives départementales d'Ille-et-Vilaine : Cote non relevée
  • "Paroisse Notre-Dame de Montautour", d'un clocher à l'autre..., juin 1965

    Archives diocésaines de Rennes : VII, 12, 2, 5, B

Annexes

  • Etude d’inventaire sur le canton de Vitré-Est, 1983 et enquête thématique églises et chapelles d'Ille-et-Vilaine, 1994 :
Date(s) d'enquête : 1983; Date(s) de rédaction : 1983, 1994, 2026