Histoire de l'enseignement professionnel sur le site de la Closerie.
Un centre d'apprentissage féminin, issu du "centre de jeunesse" créé en 1942 à Saint-Quay-Portrieux, ouvre sur le site de La Closerie, en 1947, sur une propriété de 18 000 M2. L’État l'acquiert, en 1952. L'établissement, devenu Lycée d'Enseignement Professionnel, accueille, au début des années 1980, 288 élèves, dont 215 internes. Ils suivent trois types de formations : métiers du tertiaire, industrie de l'habillement et employés techniques de collectivités. Ils sont accueillis dans une ancienne maison d'habitation de 400 m2, des bâtiments démontables, un centre de vacances et un ancien hôtel.
En 1982, quatre années avant de devenir compétente sur les lycées, des représentants de l'administration régionale visitent le site, constatent la vétusté des installations et souhaitent, au vu du panorama exceptionnel sur la baie de Saint-Brieuc, une construction nouvelle de grande qualité architecturale. Dans le même temps, il est décidé, en accord avec les instances de l'enseignement professionnel, de porter les effectifs à 504 élèves, d'abandonner les formations à faibles débouchés et d'élargir l'offre à des bacs professionnels, ainsi qu'à des spécialités nouvelles, dont l'hôtellerie – transférée du lycée Jean Moulin de Saint-Brieuc, la conchyliculture, et les CAP horticulture et fleuriste. Ces choix permettent d'éviter la fermeture de l'établissement.
Genèse d'un projet architectural de grande qualité.
Les différents protagonistes décident de s'inscrire une démarche "d'opération exemplaire de qualité architecturale" dans le cadre du programme "Architectures Publiques" lancé en 1984, à la demande du Président de la République, afin de généraliser la qualité architecturale et à stimuler la création contemporaine dans toutes les constructions financées par l'État.
La conduite du projet de Saint-Quay-Portrieux, dont le coût d'objectif est de 40 millions de francs, est singulière, en raison du contexte lié à la décentralisation mais peut-être aussi par souci d'exemplarité. L’État assume dans un premier temps la maîtrise d'ouvrage. Il délègue la conduite de l'opération à la DDE des Côtes-du-Nord. Cependant le programme prévoit que : "Le rôle de l’État se limitera à la mission études jusqu'au stade de l'Avant-Projet Sommaire [APS], la loi de décentralisation ayant prévu le transfert de compétence pour la construction des lycées aux Régions". Utilisateurs et usagers ("Inspecteur d'Académie, Inspecteur de l'Enseignement Technique, Chef d'Etablissement, Enseignants, Parents d'Elèves, Elus, Représentants des chambres consulaires, Architecte du CAUE, Architecte Conseil de la DDE" ) sont associés aux études au sein d'un groupe projet, jusqu'à l'aboutissement de l'APS.
Un concours d'architecture qui a marqué la profession en Bretagne
En 1984, un concours d'architecture est organisé en plusieurs étapes, avec l'appui, entre autres, du Conseil en Architecture Urbanisme et Environnement (CAUE), association instituée par la loi sur l'architecture de 1977. Quatre-vingt-dix-neuf équipes répondent à l'appel à candidature publié le 19 mars 1984. Le 18 juillet 1984, le jury en sélectionne cinq, appelées à concourir sur esquisses :
- l'atelier Lion (Paris) ;
- l'atelier Dolle - Henry (Paris) ;
- le groupement Atelier 6 (Saint-Brieuc) composé de Debulois, Guervilly, Dunet, Perruez et Cras
- le groupement Regembal - Constantini (Paris) avec Rohner - Delvaux (Lannion)
- le groupement Velly (Saint-Brieuc), avec Halet, Le Couédic, Bray et Villette (Brest)
Parmi elles, l'architecte Yves Lion (né en 1945) est choisi par le jury réuni, le 31 août 1984, par 13 voix sur 14 (la voix manquante s'est porté sur l'Atelier 6*).
Le jury a été séduit par : "La simplicité et l'élégance du projet dans son site, la volonté d'une démarche souple et ouverte au dialogue (...) un parti architectural fort et bien soutenu."
Plusieurs des concurrents bretons ont exprimé, par la suite, combien ce concours avait renouvelé l’architecture bretonne.
Ainsi David Cras, par exemple, dans une interview donnée au magasine Place Publique (n° 149, novembre-décembre 2012) :
"Les Côtes-d'Armor ont sans doute été le foyer de ce renouvellement. Je me souviens, au milieu des années 1980, du concours pour le lycée professionnel hôtelier de Saint-Quay-Portrieux sur lequel j'avais dessiné pour Jean Guervilly. Velly avait aussi concouru, tout comme Daniel Le Couédic avec des architectes associés. Yves Lion a gagné et nous a montré à cette occasion comment on pouvait poser des volumes simples, sans ornement excessif, granit et béton blanc, fragmentés dans la colline, s'accrochant au sol, regardant la mer sans briser la qualité du site... Une révélation."
Yves Lion dessine les plans de l'avant-projet détaillé, en janvier 1986. Le permis de construire, déposé le 20 février, est accordé le 20 mai de la même année.
Le lycée reconstruit, pour lequel Yves Lion reçoit le prix "Architectures Publiques", en 1986, ouvre en 1987.
Aujourd'hui, l'établissement prend le nom de "Lycée hôtelier La Closerie. Lycée des métiers de la restauration et de l'alimentation (Boulanger, Pâtissier, Crémier-Fromager)." Il accueille 320 élèves et propose des formations du CAP au BTS.
Chargé d'études à l'Inventaire. Historien : études à l'Université Rennes 2 (1988-1996), directeurs de recherche : Alain Croix et Jean-Yves Veillard.