Une île artificielle :
La formation, naturelle, de l'île sèche est issue des travaux portuaires. La canalisation et la modification du lit du Gouët (1774) ont eu pour conséquence la création de terre-pleins par assèchement et de marais dont celui dit de Rohannet. Rive droite, le chemin de halage créé à la fin du 18e et en 1834 prend appui sur la limite nord du marais, avant la construction des quais. Le projet de bassin à flot porté sur le plan général de la vallée de Gouët jusqu'à la tour de Cesson, dressé en 1839, indique un estran marécageux, là où cinquante ans auparavant coulait le lit de la rivière. C'est à cet emplacement que le bassin à flot, son chenal et l'écluse sont creusés. A l'issue de ces travaux en 1885, il ne reste du marais de Rohannet, que l'île sèche qui se prolonge vers l'ouest par une bande de terre sur laquelle prend appui le quai nord du bassin (quai de la presqu'île).
La notice de l'ingénieur Pélaud précise en 1875 que "le bassin à flot n'est séparé du lit de la rivière que par une digue en vase très sablonneuse, dont la largeur ne dépasse pas les 7 mètres en couronne, et qui ne laisse pas d'inspirer quelques inquiétudes au point de vue des filtrations. La configuration des lieux permet, du reste, d'augmenter l'épaisseur de cette digue, de manière à lui donner toute la solidité désirable, et à créer en même temps un terre-plein qui pourrait être utilisé par le commerce". Plusieurs projets prévoient de développer l'activité portuaire sur l'île sèche. Un plan des Ponts-et-Chaussées du 12 juin 1880 figure l'île sèche avec les bâtiments de l'administration des Ponts-et-Chaussées et du magasin de balisage.
La liaison entre le quai de la presqu'île et l'île sèche est détruite en 1915 lors de la mise en communication du bassin à flot de 1885 avec le port. Les remblais sont utilisés pour augmenter la superficie de l'île.
L'île sèche, de par son histoire, est le symbole des modifications du paysage du fait de l'action anthropique.
Transmission orale d'un toponyme :
Certains la nomment "île sèche", d'autres "l'île aux lapins".
En quelques décennies, le nom de l'île aux lapins a été attribuée, par tradition orale, à ce site issu de la création du bassin (1840-1885). S'il n'est fait mention nulle part du toponyme "île sèche" sur des plans ou des documents administratifs du 19e siècle, en revanche celui de "l'île aux lapins" est bien présent sur le cadastre de 1814 et un plan du port du 31 octobre 1859. Ce nom est toujours en usage en 1890. Or il ne s'agit pas de l'île sèche mais d'un petit promontoire, coupé de la falaise de Rohannec'h par le percement du boulevard de la mer en 1947. Avant le comblement du bassin de rétention du moulin Robert et la dérivation du Gouëdic (1847), l'île aux lapins se situaient à la jonction du Gouët et du Gouëdic. Ce promontoire est nommé "le petit Rohan" sur le plan de l'ingénieur Perroud en 1784. Quant à l'usage du mot "presqu'île", il est reporté sur divers plans du quai nord du bassin à flot.
En devenant "l'île Anita-Conti" par arrêté municipal de la ville de Saint-Brieuc, en juillet 2026, l'île sèche perd le nom qui la qualifiait et portait la mémoire de son origine.
Chargée d'études d'Inventaire au Conseil Régional de Bretagne.