La criée constitue un élément central dans l’organisation du port de pêche de Keroman. Imaginée par Henry Verrière, la halle de marée voit le jour en 1925 et représente un équipement de pointe à l’époque de sa construction, à l’image de la totalité du port de pêche.
Depuis 1925, le port s’est étoffé et compte désormais 5 criées, réparties sur le site. Celles-ci, propriété de la Région Bretagne, sont gérées par la Société d’Economie Mixte (SEM) de Keroman.
Le corps principal regroupe deux bâtiments construits sur les quais du grand bassin (criées 1 et 2) et du bassin long (criées 3 et 4), reliés par un pan coupé traversant et ouvert. Côté quais, il comprend les halles de débarquement et de vente. Il s’ouvre aux ateliers des mareyeurs par de larges coursives pour finir à la gare de marée. La cinquième criée, réservée aux ventes à distance est située à l’extérieur de l’enceinte portuaire.
Cette organisation garantit la fraîcheur du poisson par son traitement rapide. Dès son débarquement sur les quais, le poisson est entreposé en chambre froide puis vendu directement dans les salles de criée. Il rejoint ensuite les étals des poissonniers et les ateliers des mareyeurs où il est coupé, fileté et conditionné puis expédié par la gare de marée.
Le passage progressif de la pêche artisanale à la pêche industrielle a conduit à la modernisation de cette infrastructure.
La qualité architecturale du bâtiment comme les savoir-faire associés aux différentes activités portuaires permettent de qualifier ce complexe comme appartenant au « patrimoine actif » des ports de Lorient. En effet, Keroman est, en 2021, le premier port de pêche français en valeur, le second en tonnage et un des premiers employeurs lorientais (3000 emplois directs environ).
Ambiance, patrimoine immatériel, paysages et temporalités
L’organisation de l’espace autour de la criée participe d’une ambiance portuaire singulière. Ce secteur vit au rythme des débarquements du poisson. Si le port accueille les marins pêcheurs 24/24h, les côtiers rentrent de leurs campagnes vers 3.00 du matin pour la vente de 5.00 en criée.
Les quais alors s’animent. Grues, transpalettes, chariots élévateurs circulent jusqu’aux chambres réfrigérées. Les convoyeurs prennent ensuite le relai en direction de la salle des ventes. A 6.00, fin de la vente, les poissonniers et mareyeurs chargent leurs produits.
Pendant ces trois heures, les moteurs et les tapis roulants, accompagnés par les indissociables cris des goélands, émettent un volume sonore intense.
L’après-midi en revanche, l’espace portuaire est particulièrement calme. A partir de la fin de matinée, l’activité baisse en intensité et, généralement, au-delà de midi, la criée n’est quasiment plus animée. A 14.00, l’odeur du poisson, les carcasses, les traces de glace témoignent de ces agitations matinales.
Enjeux de la reconstruction de la Criée :
Quai et criée ont un siècle et montrent des traces de fatigue qui réclament une attention toute particulière. Les poutres et treillis supportant l’ouvrage sont fortement dégradés autant que la structure générale du bâti. Il est donc aujourd’hui question de détruire et de reconstruire l’ensemble quai / criée. La modernisation des équipements se corrèlent ici avec des enjeux de sécurité, et dans une moindre mesure, de pérennité des activités.
Il s’agit pourtant d’éléments de patrimoine remarquables, tant par leur valeur historique qu’architecturale. Leur connaissance et leur préservation représentent un enjeu fort dans ce programme de rénovation du port de Keroman. Il semble important d’en conserver activement la trace, comme marqueur de l’implantation du premier port de pêche industriel français et d’une identité maritime forte de la ville et des communes littorales de la région lorientaise. Le maintien d’une architecture au moins semblable semblerait pertinente, ainsi que la conservation sinon de la totalité de la façade, côté rue, au moins de l’entrée « magistrale », au fronton qui accueillait autrefois l’horloge.
Enjeux d’ouverture de l’espace portuaire au visiteur :
Les abords de la criée représentent un espace professionnel, où le visiteur n’est pas invité à venir déambuler librement. Ces espaces de travail ne sont en effet pas conçus pour la promenade. Cependant les plus curieux peuvent s’approcher d’assez près des activités de débarquement puis de traitements des produits de la pêche. Le port n’est pas totalement fermé. D’ailleurs les médiateurs de la Maison de la Mer ouvrent les portes du port aux publics tout au long de l’année. Ils donnent à voir et à appréhender une identité, des savoir faire qui font partie du patrimoine immatériel propre au port de Keroman. Les barrières sur le parking restent néanmoins un frein pour tout curieux, accentuant la distance entre le monde de la pêche, les acteurs portuaires, et les Lorientais. Y remédier est un enjeu de taille sur lequel il est nécessaire de s’arrêter aujourd’hui.